L'EXCISION EN QUESTION.

Publié le par KPLCE

L'EXCISION EN QUESTION.

RAPPORT DE ERIC DICHARRY (ANTHROPOLOGUE) POUR KPLCE

(Katoucha Pour la Lutte Contre l'Excision). Avril 2006

Un constat s'impose aujourd'hui :

les mutilations sexuelles subsistent largement

et les débats autour de cette question sont encore entachés

d'interdit, de tabou, de pudeur ou de répugnance.

La condamnation de  l'excision est pourtant de plus en plus fréquente,

de la part des Africaines elles-mêmes.

Des organisations locales et régionales ont émergé

vers la fin des années 1970, avec des niveaux de conscience,

de revendication et d'action très divers.

 

Jusque dans les années 1960-1970,

les M.G.F. étaient majoritairement considérées par les Africaines

comme des rituels de la féminité, jouant un rôle déterminant

dans le processus de socialisation de l'enfant,

dans l'accès au statut de femme adulte et dans la construction

d'une identité féminine ethnique.

 

C'est à Nairobi (1985) que s'est engagé le dialogue,

mettant tantôt en parallèle, tantôt en opposition,

les différents arguments avancés au nom de la culture,

de la religion ou des droits des femmes.

Des campagnes d'abord discrètes, puis de plus en plus virulentes

en faveur de leur abolition ont été menées

aux niveaux local, national et international.

La réflexion en terme de droits des femmes

et de respect de l'intégrité du corps

s'est alors répandue parmi les Africaines.

Les arguments relatifs à la santé de la mère et de l'enfant

ont été les premiers avancés.

Les pratiques mutilantes, qualifiées de « néfastes »,

étaient associées à d'autres coutumes

condamnables d'un point de vue médical.

Ces premières démarches ont permis d'aborder le sujet

des mutilations sexuelles sans aller jusqu'à promouvoir l'abolition.

La conférence de Beijing (1995)
marque une nouvelle étape dans le débat.

Un réel consensus international en faveur de l'abolition des M.G.F.

se dégage parmi les représentantes

des associations de femmes du Sud et du Nord.

Pour la première fois,

la reconnaissance des droits sexuels comme droits humains

est officiellement revendiquée.

Aujourd'hui, la majorité des activistes africaines

dénoncent le système de contrôle de leur corps,

de leur sexualité et de leur fécondité

par les hommes et la communauté.

(se référer à la chronologie de la lutte en
annexe).

Que faire, concrètement, pour empêcher une pratique traditionnelle qui
mutile chaque minute quatre petites filles et dont sont victimes quelque 130
millions de femmes dans le monde ?

Lorsqu'on tente de savoir pour ceux qui la pratiquent pourquoi ils
perpétuent l'excision, la réponse la plus courante est: "c'est la tradition,
c'est la coutume". La tradition, est définie comme une "manière de penser,
de faire ou d'agir, qui est un héritage du passé". Quant à la coutume, c'est
"une façon d'agir établie par l'usage". et plus spécialement en droit, c'est
une "habitude collective d'agir, transmise de génération en génération". La
coutume est fondée sur la tradition, sur ce qu'ont transmis et légué les
générations précédentes. On excise parce que ses parents et grands-parents
ont excisé. "La tradition est beaucoup trop ancrée dans l'esprit des gens,
surtout dans les petits villages et quartiers des zones reculées. Car elle
s'est transmise de génération en génération. Il est donc difficile pour les
exciseuses de faire une croix sur ce qui représente, pour elles, un héritage
de leurs ancêtres". (1) Sissamba, dans la province du Yatenga, dans le
nord-est du Burkina Faso. "Un des chefs de quartier invoque la toute
puissance de la coutume, la force des interdits qui ont marqué toute son
enfance. « Si tu passes outre, tu vas mourir. » Ils le croyaient et le
croient toujours, même si l'on s'acharne à leur démontrer qu'ils ont tort.
« On a peur quand même », avoue l'un des grands-pères de Sissamba. La mort
est si fréquente dans ces sociétés rurales, comment ne pas l'expliquer comme
une punition ? Car le corollaire de : « Tu vas mourir si tu enfreins les
règles » est bien sûr : « Tu as une chance de vivre si tu les respectes ».Si
quelqu'un a respecté les règles mais meurt quand même prématurément, une
autre explication est tenue toute prête, imparable : c'est une victime des
sorciers, ces êtres malfaisants qui se cachent au sein de la communauté et
possèdent le mystérieux pouvoir de « manger les âmes ». La croyance en la
sorcellerie, profondément enracinée dans les sociétés africaines, est le
socle sur lequel s'appuie la pratique de l'excision". Mais comme le souligne
le chanteur sénégalais Youssou N'Dour qui milite pour Amnesty International
"en tant que griot, je suis le protecteur des traditions. Mais un griot
moderne doit bousculer un peu ces traditions et mettre fin à certaines
pratiques"  "Les mutilations génitales féminines, comme l'excision, sont
insupportables. On estime que deux millions de fillettes, y compris en
France, sont ainsi mutilées chaque année. Elles sont marquées à vie,
certaines en meurent.



Sylvie fainzang dans son article sur l'excision et la domination masculine
explique la conception traditionnelle, "La femme doit recevoir la parole et
les décisions de son mari et non pas les produire. Les interessés associent
les attributs de la sexualité aux attitudes de chaque sexe à l'égard de la
prise de parole ou de décision. Il s'agit de corriger le sexe biologique de
manière à rendre possible l'exercise du statut qui lui est assigné. Le
marquage sexuel équivaut à un marquage des rôles sociaux devant être assumés
par chaque sexe. (2) Ce point de vue est aussi celui de M. Aldeeb
Abu-Sahlieh, juriste Libanais pour qui "ce marquage des corps asservit
puisqu'il tend à enfermer les individus dans une catégorie sans leur
consentement, en violant leur intégrité physique, et leur assigne une place,
un rôle social auquel ils vont devoir se conformer". (3) L'association du
clitoris à la verge n'est pas que physique. Elle induit en effet une
représentation du pouvoir viril auquel pourrait prétendre la femme non
excisée. " La femme doit être dépourvue de clitoris pour pouvoir se ranger
dans le type de comportement que l'on attend d'elle, tout particulièrement
dans le contexte matrimonial". (4)


L'excision est une confiscation de la prise de parole et de décision des
femmes par une confirmation de la domination masculine ritualisée. Le rite
dé-virilise la femme, lui enlève sa part masculine en marquant sa féminité. 
L'analyse des discours tenus par les africains vivant dans le contexte
social français indique que les sociétés africaines fonctionnent selon un
système de représentation andro-centrique du sexe (phallo-centrique). C'est
sur cet organe que s'ancre la logique de ce système de représentation.
L'analyse de Pierre Clastres permet de comprendre l'importance des normes.
"Ce sont des normes soutenues par la société entière, ce ne sont pas des
normes imposées par un groupe particulier à l'ensemble de la société. Ce
sont les normes de la société elle-même; ce sont le normes à travers
lesquelles la société se maintient; ce sont les normes que tout le monde
respecte; elles ne sont imposées par personne. Les normes dans les sociétés
traditionelles, les interdits, etc., c'est comme les lois chez nous, on peut
toujours transiger un petit peu. Mais enfin là, ce ne sont pas les normes
d'un groupe spécial de la société, qui les impose au reste de la société;
c'est les normes de la société elle-même". Le rite revient à "inscrire dans
le corps même de l'initié les marques distinctives de son identité
culturelle". La société traditionelle peut aussi user de sa réprobation
sociale, ce qui fait que les individus ne se comportent pas n'importe
comment. Soumission de tous à la Coutume et à la Tradition. Ces sociétés
sont sans doute plus égalitaires et fraternelles que les nôtres, mais de
liberté individuelle point. Les initiations réalisent la séparation sociale
des sexes, légitiment la subordination économique et politique des femmes
aux hommes et érigent en principe cosmique la domination masculine.
ZEMPLENI, A., "Initiation", Dictionnaire de l'ethnologie et de
l'anthropologie, PUF, 1991, pp 376.


L'initiation prescrit la soumission de la femme à son mari et sa mutilation
génitale lui attribut son identité culturelle et sociale. Pendant
l'excision, il s'agit de confirmer le corps de la femme à la place qui lui
est révolue. La mutilation supprime ce qui rappelle chez la femme le sexe
mâle (symbole de pouvoir). La différenciation des sexes par la nature ne
suffisant pas pour avoir une valeur sociale, la pratique de l'excision
assigne à l'individu une place sociale jugée comme conforme à son sexe.

L'excision est donc présentée comme un moyen de parfaire la féminité (5),
même si, en réalité, elle est plutôt un crime contre la féminité. "ce que
l'on mutile chez la fillette, c'est la femme potentielle qui est en elle",
affirme Awa Thiam . L'excision peut entraîner de nombreuses complications ;
hémorragie violente, qui, dans des conditions non hygiéniques, entraîne
souvent la mort, douleur insoutenables - l'opération est effectuées sans
anesthésie sur une zone riche en terminaisons nerveuses - qui peuvent
perdurer très longtemps, difficultés d'uriner - l'urètre étant souvent
endommagé -, ulcères, tétanos, septicémie et inflammation chroniques de la
vessie, des reins des organes génitaux. Douleurs violentes lors des rapports
sexuels. La femme est soumise à une nouvelle épreuve lors de la nuit de
noces, lorsque le mari élargit l'orifice étroit en l'incisant avec un
couteau ou un bistouri. Accouchement éprouvant, parfois précédé d'une
nouvelle incision quand le femme a été de nouveau infibulée. Souvent, le
nouveau né étouffe ou meurt à son passage par cette ouverture mutilée.
Traumatismes psychologiques et nerveux. Elle est une négation du droit à
l'intégrité physique, et traduit la volonté pour la société traditionnelle
de contrôler les femmes et les jeunes filles.  Les raisons communes évoquées
(hygiène, fertilité, esthétique, dangerosité du clitoris pour le partenaire
sexuel ou pour l'enfant à naître.) ne sont que de faux prétextes pour mieux
faire admettre la pratique. Mme Soré Nanténé, fonctionnaire de l'action
sociale, détaille (...) les suites néfastes de la coutume immémoriale, très
répandue en Afrique, qui consiste à enlever le clitoris et souvent les
petites lèvres pour débarrasser le sexe féminin de tout ce qui peut rappeler
le masculin, afin de « rendre la femme complètement femme ». Elle parle des
risques d'hémorragie, si forte parfois que l'exciseuse ne parviendra pas à
l'arrêter avec les hémostatiques traditionnels. Elle parle du choc de la
douleur, dans cette partie du corps hautement innervée et vascularisée, des
risques d'infection et de tétanos, lorsqu'on suture la plaie avec la bouse
de vache, des cicatrices qui rendent les accouchements difficiles et
perturbent une fonction urinaire normale".


"Il est clair que l'on ne peut plus, aujourd'hui, se contenter d'évoquer les
mutilations génitales féminines en termes de santé publique. En ce début de
XXIe siècle, les revendications des femmes s'expriment en termes de droits :
droits d'accéder à l'égalité, à la liberté, à la santé, à l'éducation, au
travail, aux ressources, au pouvoir politique. Le droit au contrôle du corps
et de la sexualité relève du même principe. Seule la loi pourra faire
respecter ce droit. Aussi faut-il la mettre à la disposition de femmes".
Fatou Saw Sociologue

De nombreux facteurs expliquent la persistance des Mutilations Génitales
Feminines. La non-perception des mutilations comme un problème de santé (en
cas de décès la responsabilité est attribuée à la malveillance d'une autre
personne) ; l'influence profonde des préjugés (qui bloque tout esprit
critique et d'analyse) ; les MGF relèvent d'une décision familiale et
communautaire. Tous exigent beaucoup de prudence, de patience et de travail
de fonds afin d'impliquer tous les acteurs dans les campagnes d'information.

L'excision est un combat mobilisateur. "Les gens sont de plus en plus
sensibilisés à la protection de l'enfance et tout le monde a été horrifié
par la pédophilie. La violence sur les enfants est ressentie comme un acte
injuste ayant des conséquences extrêmement graves pour ces petites filles
dans leur vécu d'enfant puis d'adolescentes et de femmes". Emission
radiophonique, Isabelle Gilette-Faye, RFI, 12/12/2001. Actuellement en
France, environ 35 000 fillettes et adolescentes sont excisées ou menacées
de l'être. L'Académie nationale de Médecine s'est fermement opposée à ce
qu'elle considère comme " un crime contre l'humanité ". Rappelons que par
mutilations sexuelles féminines, l'OMS désigne " toute intervention
aboutissant à une ablation partielle ou totale des organes génitaux externes
de la femme ". L'Académie des sciences a décidé d'alerter les pouvoirs
publics sur cette pratique, qui est une "agression physique et psychologique
intolérable". Elle rejoint en cela les agences de l'ONU et, notamment,
l'OMS. Médecins, sociologues, philosophes, membres d'associations et avocats
se sont rassemblés à l'Académie de Médecine autour d'un message commun : "
faire savoir que les médecins peuvent prévenir, signaler et aussi réparer
les mutilations sexuelles féminines ".
Les patriarches africains admettent que "certaines coutumes qui avaient
jadis force de loi, comme les scarifications faciales, sont tombées en
désuétude : « Si la coutume a évolué sur ces points, elle peut changer aussi
sur l'excision". Il faut pourtant faire attention aux méthodes d'actions et
aux discours. "Le poids de la tradition est tel que les femmes ont du mal à
faire le lien entre l'excision et ses conséquences sur la santé et la
reproduction", affirme Molly Melching, directrice de l'ONG Tostan, au
Sénégal. Après de nombreuses années en Afrique, cette sympathique Américaine
a compris que l'éradication d'une pratique néfaste, mais très largement
répandue dans certaines ethnies, ne pouvait pas être imposée, mais qu'elle
devait venir d'une prise de conscience des populations elles-mêmes. "(6)


Un ancien Burkinabé souligne "qu'Il faut pousser la sensibilisation ". Si
l'excision continue, c'est parce que la sensibilisation n'est pas assez
poussée. Avec une bonne stratégie, tu peux convaincre six personnes sur dix
et peu à peu l'excision va finir. Mais pour convaincre les gens, il ne faut
pas parler avec un gros cour. Il ne faut pas non plus bousculer les gens en
parlant avec force parce que les Africains n'aiment pas que l'on leur impose
des choses. La bonne méthode est d'agir doucement. Avec les anciens qui ne
veulent pas comprendre, il faut être très malin et leur expliquer qu'il faut
compter avec l'évolution. » (Bakary, Burkina Faso).

Khady Diallo, Malienne résidant en France, a été excisée sans le savoir et à
l'insu de ses parents, dans la banlieue nord de Bamako. Elle était partie en
vacances avec sa sour et sa mère dans la famille de son père, raconte cette
grande femme d'une quarantaine d'années. Un matin, une voisine vient
chercher les deux fillettes pour rendre visite à une tante. "Pour qu'on ne
se doute de rien, plusieurs enfants, filles et garçons, avaient été amenés
dans la case. A un moment, une femme m'a appelée des toilettes pour que je
lui apporte un seau d'eau", se souvient-elle. Elle se retrouve au milieu
d'un cercle de femmes du village qui lui demandent de se déshabiller et de
s'allonger par terre. "Une dame s'est assise sur ma poitrine et d'autres
m'ont écarté les jambes. Je n'ai pas compris, j'ai juste senti la douleur",
raconte Mme Diallo. Sa sour subira le même sort.

Alors qu'en Afrique, des femmes se battent pour faire reculer cette
pratique, à Paris, Pierre Foldes (7), chirurgien urologue a inventé une
technique de réparation du clitoris. Le combat contre l'excision progresse
et l'objectif de l'association KPLCE est de poursuivre la sensibilisation 
par des actions de communication en donnant la parole à celles qui souffrent
  de ces pratiques traditionnelles néfastes aux conséquences souvent
mortelles. 4 femmes meurent des conséquences de l'excision chaque jour en
Afrique.

Peu à peu, les femmes victimes de l'excision prennent la parole pour
raconter leurs souffrances. Brisant les tabous imposés par la tradition,
elles racontent les traumatismes que ces mutilations génitales provoquent.
Et elles sont de plus en plus nombreuses à refuser que leurs filles
connaissent le même sort. L'ancienne Top Model d'origine somalienne Waris
Dirie est devenue une militante : "Il ne faut plus, nulle part au monde
accepter que ces pratiques détestables se perpétuent au nom de la tradition,
de la religion ou de la culture".

Les africaines prennent la plume pour raconter leurs traumatismes liés à
l'excision. Le sujet, autrefois tabou, trouve à présent sa place dans des
autobiographies intimes et édifiantes. Nura Abdi explique  : "C'était comme
si on me dépeçait vivante" écrit-elle dans Larmes de sable.(8) Khady Koïta,
sénégalaise excisée à 7 ans parle "de la douleur inexplicable, qui ne
ressemble à aucune autre, de l'intime blessure qui ne cicatrisera jamais et
des hurlements qu'elle à poussés et qui résonnent encore à ses oreilles".
(9)

KPLCE ouvre la tribune en libérant

la parole confisquée lors de l'excision.

KPLCE participe au financement

de la réparation des mutilées,

elle joue un rôle de lobby pour faire évoluer

les mentalités auprès des décideurs,

KPLCE finance des recherches

et lutte contre

les mutilations génitales féminines

en prennant la parole

pour protéger les enfants

et pour tous ceux qui souhaitent s'engager

 


 

(1) Idrissa, Burkinabé, 23 ans, "La tradition est en cause".


(2) FAINZANG, Sylvie, "Circoncision, excision et rapports de domination",
Anthropologie et sociétés, Vol. 9, n°1, 1985: 117-127.


(3) Circoncision masculine - Circoncision féminine  débat religieux,
médical, social et juridique, L'Harmattan, Paris, 24x16 cm, 539.


(4) CARTRY, Michel, "La calebasse de l'excision en pays Gourmantché",
Journal de la société des Africanistes, 38, 2, 1968. "Le clitoris est la
partie masculine que le sexe porte naturellement en soi à la naissance,
Cartry, 1968, 190".


(5) STOLZ, Joelle, Le Monde Diplomatique, Septembre 1998.


(6) MELCHING Molly, directrice de l'ONG Tostan : La méthode Tostan replace
l'abandon de l'excision dans un programme plus vaste d'alphabétisation des
filles et de lutte contre la pauvreté".


(7) PROLONGEAU Hubert, Victoire sur l'excision. Pierre Foldès, le chirurgien
qui redonne de l'espoir aux femmes mutilées, Albin Michel, 2005.


(8) ABDI Nura, Larmes de sable, L'archipel, 2004.


(9) KOÏTA Khadhy, Khady mutilée, Oh! Editions, 2005.


NEWS

 

 

 

 

Les mutilations sexuelles féminines, pays par pays.

EXCISION : UNE CARTE DE L'EXCISION
En Afrique de l'est: au Kenya (70%),

en Afrique de l'Ouest: au Sénégal (20%),

en Guinée (85%) en Sierra-Leone 90%, en Côte d'Ivoire, au Bénin, au
Ghana, au Nigéria (80%). L' infibulation concerne surtout les pays de la
corne de l'Afrique comme la Somalie (95%), L'Ethiopie (90%), l'Erythrée
(95%), Djibouti (95%), le sud de l'Egypte (90%), le Soudan (98%) mais aussi
le Mali. Parmi les pays arabes qui pratiquent l'excision notons: Le Yémen,
les Emirats Arabes Unis, le Bahreïn, Qatar, Oman, la Mauritanie. En Asie,
les musulmans originaires de l'Indonésie, de la Malaisie , du Pakistan et de
l'Inde pratiquent également la circoncision en se référant à la religion.
Ces chiffres sont certes aléatoires mais au-delà de l'arithmétique, le
problème reste entier. Si les mutilations diminuent en certains endroits,
cette pratique est loin d'avoir disparu partout.

L'EXCISION AU SENEGAL
Selon l'enquête dirigée par l'équipe d'Enda-Dakar, le nombre de femmes
excisées au Sénégal devrait se situer aux environs de 18 à 20 % de la
population totale (Marie-Hélène Mottin-Sylla. Excision au Sénégal. Préface
de Joseph Ki-Zerbo. Série études et recherches. Enda-Dakar, no.137, novembre
1990, p.24) et non plus entre 50% et 75% comme le suggèrait le rapport de
Fran Hosken en 1982. A de très rares exceptions près cette pratique ne
touche pas les deux groupes ethniques les plus forts, à savoir les Wolofs et
les Sérères. Pratiquement toutes les fortes minorités culturelles, comme les
Capverdiens, les catholiques qui forment 10 % de la population sénégalaise,
ne connaissent absolument pas l'excision. Par contre, une partie importante
des Peuls, des Diolas, des Toucouleurs et des Mandés s'y adonnent
(Marie-Hélène Mottin-Sylla. Excision au Sénégal. Série études et recherches.
Enda-Dakar, no.137, novembre 1990).

Les statistiques varient selon les régions, selon les groupes ethniques, les
actions de sensibilisation, l'évolution des attitudes... Ainsi au
Burkina-Faso depuis la campagne pour l'abolition des mutilations génitales,
le taux serait tombé à 66%. En Egypte, selon Afrique-Femme-Info (juin 1998),
il serait même passé de 90% à 30% depuis 1994. Dans certaines régions,
l'excision aurait complètement disparu mais d'une manière générale, le
problème est encore loin d'être résolu

EXCISION ET POLITIQUE
Actuellement, 20 pays sur les 28 où la pratique de l'excision existe l'ont
interdite. Jomo Kenyatta, l'idole des libéraux panafricanistes, approuvait
les mutilations génitales comme une forme de forme de résistance
nationaliste à la domination coloniale européenne. Les nationalistes
bourgeois, pour s'assurer des soutiens suffisants pour s'établir comme
classe dirigeante dans leur pays, doivent s'appuyer sur des « traditions
culturelles » rétrogrades.

KENYA : une recrudescence des mutilations dans les centres urbains, chez les
femmes éduquées - un phénomène lié au chaos économique grandissant et à une
réaction contre l'indépendance accrue des femmes.
SOUDAN : réaction à cette loi les intégristes musulmans ont mené une
campagne d'agitation politique contre la tutelle coloniale. Des émeutes
antigouvernementales ont succédé aux poursuites judiciaires engagées contre
une exciseuse traditionnelle dont la cliente était morte. Depuis lors,
aucune poursuite n'a plus été intentée aux termes de cette loi.Du fait de la
guerre civile et du fait que les intégristes islamiques imposent leurs
traditions aux peuples non musulmans du sud, les mutilations féminines sont
maintenant pratiquées dans les tribus Nuer et Dinka, où elles étaient
auparavant inconnues.
ERYTHREE : Vingt-huit ans de guerre de libération nationale menée par
l'Erythrée contre l'Ethiopie ont brisé les traditions culturelles, détruit
les cadres de la vie villageoise normale et contraint à l'intégration des
femmes dans la vie sociale. Lel Ghebreab, présidente de l'Union nationale
des femmes érythréennes, expliquait les effets de cette situation sur le
statut des femmes : « Quand une femme faisait la preuve qu'elle était une
combattante valeureuse au front, elle pouvait revenir dans son village avec
de l'autorité. Les hommes devaient l'écouter. Elle pouvait influencer
d'autres femmes. »

Pour commencer, tout le processus est lié à la question de la sexualité. Les
coutumes et les tabous sexuels touchent au plus profond de l'être ; le fait
d'en discuter, sans parler de les remettre en cause, provoque les angoisses
et les peurs les plus sombres. En outre, ces rites jouent un rôle
significatif dans les lignages familiaux et dans les relations tribales au
sein du village. Triste ironie du sort, la pratique de l'excision est
défendue le plus jalousement par les femmes elles-mêmes. Les vieilles
sage-femmes, qui constituent une couche puissante dans la structure sociale
villageoise, dépendent pour leurs ressources des revenus qu'elles tirent de
ces opérations. Dans une société où il n'y a pas de droits et peu de
privilèges, les anciennes traditions considérées comme faisant partie du
« domaine des femmes » sont souvent le seul moyen d'exercer un pouvoir
auquel une femme peut accéder. Et surtout, les mutilations sexuelles
féminines sont liées de façon tellement étroite aux réalités économiques et
sociales de la vie quotidienne que leur éradication exige une transformation
fondamentale des sociétés où elles existent.

Cette pratique transcende toutes les frontières nationales, religieuses et
de classe. Dans les régions où elle est la norme, elle ne concerne pas
seulement les femmes de la brousse, mais aussi celles de l'élite
petite-bourgeoise, de la bureaucratie gouvernementale professionnelle et de
l'intelligentsia. Dans le nord du Soudan, toutes les femmes sont infibulées,
alors que cette pratique est honnie chez les populations du sud. Parmi
toutes les religions du continent - chrétiens coptes, musulmans, animistes,
« juifs noirs » d'Ethiopie, populations converties au catholicisme ou au
protestantisme au Nigéria - il se trouve des peuples qui continuent à
pratiquer les mutilations féminines. De plus, celles-ci sont pratiquées au
Burkina-Faso dans des tribus qui ont des cultures patriarcales aussi bien
que matriarcales.

Ce rituel est la norme dans une zone qui s'étend du sud du Sahara au nord de
la limite des forêts ; ceci correspond en général à la partie de l'Afrique
où, comme les terres ne manquaient pas, on avait jadis besoin des femmes et
des enfants (et des esclaves) pour cultiver les champs et s'occuper des
animaux domestiques, et où tous étaient facilement intégrés dans des
familles polygames. Bien que la nature des moyens de production ne détermine
pas la manière sociale et sexuelle dont les humains vivent, elle pose des
limites élastiques. Il semble donc raisonnable de supposer que les
mutilations des organes génitaux féminins ont leurs racines dans une société
agricole qui permettait le développement d'un surplus social, puis d'une
propriété privée. C'est seulement quand la détermination de la paternité en
vue de l'héritage devient un problème pertinent que la société valorise la
virginité et la fidélité conjugale des femmes.

Les mutilations féminines persistent dans des régions rurales qui conservent
une économie agraire de subsistance, basée sur une structure tribale. Ce qui
est en jeu, ce sont les droits de propriété traditionnels dans des sociétés
où les femmes sont vendues comme du bétail, largement sur la base de leur
qualité de reproductrices. La pratique de l'excision est seulement un peu
moins courante aujourd'hui dans les villes.

DES RITES ALTERNATIFS SANS INCISION


INDONESIE :

rapport OMS : certains rituels

sans incision portant sur le
clitoris persisteraient.


MAURITANIE :

Une excision symbolique

serait pratiquée

au moyen d'une mixture
à base de gomme arabique

pour rapetisser le clitoris.

 


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